Pilar, la dernière muse de Zeus

Pilar était infatigable, passionnée par son travail et toujours prête à aider les autres. Ses collègues du département commercial la définissaient comme « un volcan en activité ou une tempête tropicale ».

Pour ceux qui la voyaient chaque jour chez Orbea, elle était tout un symbole : elle a été la dernière personne à incorporer Orbea en provenance de Zeus, le fabricant mythique de groupes de Matiena (Abadiño) qu'Orbea a acquis vers la fin des années quatre-vingt. Avec l'acquisition de Zeus, Orbea a accédé à l'Olympe des vélos de course et Pilar a été l'une des « muses » que Zeus nous a offertes.

En décembre 2015, Pilar était sur le point de prendre sa retraite, nous avons donc pensé que le moment était venu de lui rendre l'hommage qu'elle méritait, mais aussi d'honorer Zeus : une marque qui, plus de 25 ans après sa disparition, occupe une place à part dans le cœur des authentiques amateurs de cyclisme du Pays basque et au-delà des Pyrénées.

L'entretien que vous allez lire et qui devait être publié sur ce blog au mois de décembre dernier fait partie de cet hommage. Malheureusement, la maladie l'a emportée de façon soudaine et nous a laissés sans voix. Pilar, qui tenait d'une main ferme les rênes du département commercial d'Orbea, nous laisse en héritage sa passion, sa constance, sa persévérance et son dévouement. C'est grâce à ces qualités que ce département est aujourd'hui un centre d'opération où sont traités des milliers de commandes venant du monde entier.

Nous espérons donc que la conversation que nous avons eue tiendra lieu d'hommage à son parcours chez Orbea et Zeus. Merci pour tout Pilar !

Pilar avec quelques collègues du département commercial : Lorenzo Pequerul, José Carlos Martínez et Antonio Jimenez

De quelle façon le secteur a-t-il évolué au cours des dernières années ?

Il a totalement changé. On ne travaille plus du tout comme il y a 25 ans. À cette époque, les ordinateurs n'existaient pas, ce qui s'en rapprochait le plus était une machine qui comptabilisait en y insérant des fiches. Le travail était mécanique, manuel et laborieux, mais il était sans doute adapté au type de produit traditionnel que l'on réalisait. Les échanges avec le client avaient lieu par téléphone ou par lettre, cela dit sans aucune nostalgie, mais la technologie était très peu présente et à mon avis, le contact était plus proche et plus humain qu'aujourd'hui où l'on passe les commandes sur Internet.

ZEUS

Parlons un peu de votre étape chez Zeus. Comment avez-vous commencé à y travailler ?

J'ai commencé au département commercial et exportations de Zeus dès la fin de mes études, j'avais à peine 17 ans. À l'époque (pendant les années soixante-dix), Zeus était l'une des entreprises les plus importantes de la région. On y fabriquait des composants haut de gamme : bobines, bielles, plateaux, tiges, cadres, pédales…

Et ce nom si surprenant, d'où vient-il ?

Nous avions un gérant, Arrati, qui adorait la mythologie. Je crois qu'il a choisi le dieu grec Zeus à cause de sa force et de sa puissance. Il était non seulement le fondateur de l'entreprise, mais il était marié avec Arrillaga Orbea, issue de la branche des Orbea d'Eibar, et ils avaient possédé une entreprise de 15 étages et 200 employés. Ils fabriquaient tout ce qui constitue un vélo : pignon, bobine, rayons, etc. Une entreprise productive et 100 % artisanale.

Zeus occupait une place centrale en tant que marque haut de gamme…

C'est vrai. On fabriquait des composants de qualité élevée et très spécialisés. Auparavant, les vélos avaient une, deux ou trois vitesses, mais ils ont commencé à en fabriquer avec 5 pignons et 2 plateaux, ce que l'on pourrait appeler du haut de gamme. Il ne s'agissait pas de carbone, mais ces modèles pourraient être comparés aux Orca actuels. De plus, ils étaient totalement personnalisés, car ils n'étaient pas fabriqués par lots, mais à la demande, un peu comme le service « Myo » qu'Orbea propose actuellement. Le client allait jusqu'à nous indiquer les dimensions des tubes. Il s'agissait de vélos totalement à la carte.

L'Espagne était son marché principal, mais la marque était très connue à l'étranger, n'est-ce pas ?

Zeus a connu une époque faste pendant laquelle elle exportait ses produits vers presque tous les continents. Le marché espagnol était le plus important, mais d'autres pays l'étaient aussi, notamment ceux d'Afrique. Nous expédions des conteneurs vers des pays dont il était difficile de croire qu'ils disposaient des ressources nécessaires pour acheter ce type de produits.

Compte tenu des difficultés, comment faisiez-vous pour expédier les commandes vers ces pays ?

Aujourd'hui tout est immédiat. À l'époque, tout était différent. Les clients envoyaient une lettre avec leurs spécifications, puis il fallait préparer la commande, s'assurer du paiement au

moyen d'une lettre de crédit ou d'un versement anticipé. Tout était plus compliqué et demandait davantage de temps. Tout était fait au moment de la commande, car s'agissant de vélos artisanaux, il n'y avait pas de stock.

Dans la région du Durangaldea, la tradition cycliste est fortement ancrée. Le fait que Zeus y soit installé a eu un effet à cet égard ou c'était déjà le cas avant ?

La zone de Debabarrena et Durangaldea a accueilli pendant une période les entreprises les plus importantes : Orbea, BH, GAC, Zeus… Mais, il est vrai que cette région a toujours été très attachée au cyclisme. Le fait d'accueillir toutes ces entreprises a été un facteur supplémentaire pour en faire une région où le cyclisme fait partie intégrante de la vie des gens et où presque tout le monde possède un vélo.

LE PASSAGE À ORBEA

Comment s'est déroulé le processus d'acquisition de la marque par Orbea ?

Ce fut très simple, plus qu'on ne pourrait le penser. Lorsque Zeus a commencé à éprouver des difficultés en raison d'un marché totalement bouleversé et que l'on a dû changer la production et investir dans des machines, plusieurs solutions ont été mises en œuvre sans résultats probants. On a décidé de fermer et de trouver un moyen de distribuer les actifs parmi les employés. On a alors fixé une valeur pour la marque, pour tenter de la vendre, car en Espagne aucune n'était aussi réputée et prestigieuse que Zeus. Nous connaissions le gérant d'Orbea, Jesús Mari Aguirrezabala, et nous l'avons contacté pour essayer de conclure la vente. Nous sommes parvenus à un accord et un nouveau projet a été lancé : la fabrication de vélos haut de gamme, sous la marque Zeus, et de gamme intermédiaire, sous le nom d'Orbea. L'entreprise est passée de fabriquer des vélos pour les enfants, et quelques autres modèles de route et de montagne, à fabriquer des modèles de très haut niveau, tant pour la route que pour la montagne, totalement personnalisés. Ce fut un changement profond.

C'est alors que vous avez intégré Orbea…

Oui, mais cela n'a pas été immédiat. Après l'acquisition, j'ai arrêté de travailler et c'est à travers une de mes connaissances qu'Orbea m'a appelé pour faire un remplacement de trois mois, lequel s'est prolongé.

Votre expérience chez Zeus a dû faciliter vos premiers pas chez Orbea…

C'est vrai qu'en arrivant chez Orbea, j'ai eu la chance de pouvoir travailler dans le département commercial avec un produit qui m'était familier. De plus, Zeus était le produit vedette, ce qui était pour moi une fierté. Plus tard, les deux marques ont été réunies sous le nom Orbea, une décision logique selon la stratégie de l'entreprise qui cherchait à concentrer ses efforts. Ce fut une bonne chose, mais la disparition de la marque m'a tout de même fait de la peine.

Pour poursuivre sur ce sujet, Orbea a également acheté à l'époque la marque Veneto, et les trois ont cohabité pendant un certain temps. Comment s'est passée la cohabitation ?

La stratégie initiale a été la bonne, car Zeus disposait d'un marché très solide, surtout en Espagne. Sa marque était très puissante et son produit de qualité. Je crois qu'Orbea a fait le bon choix en séparant les marques en fonction de la qualité… et les résultats ont été probants. (…) De plus, du personnel a été recruté pour la peinture, ce qui était inédit, et tout était peint à la main avec des aérographes. Orbea en a tiré de bénéfices et un nom, car les clients valorisent la spécialisation. Ils savaient que les modèles Orbea et Veneto étaient des vélos de qualité qu'aucune autre marque ne pouvait proposer. Ce fut une époque dorée. Personne ne fabriquait des vélos d'un tel niveau. (…) Ensuite, il a été décidé de tout miser sur la marque Orbea, ce qui à mon avis a été une bonne décision, car le fait de posséder deux ou trois marques risque de semer la confusion chez les utilisateurs. Ainsi, tous les efforts de production, communication, etc. étaient concentrés sur une seule marque.

Pilar avec José Carlos Martínez et Mariaje Pérez, l’une des collègues du département commercial

Pilar avec Olga García, Olga de Miguel (Ressources humaines d’Orbea) et Cristina Fernández de Aranguiz

Pilar avec plusieurs de ses collègues d’Orbea en 2009 : Yolanda Etxebarria, Nagore Larrabeiti, Laura Amorós, Olga García, Mariaje Pérez, María Asun González, Arantza García, Amaia Abarrategi et Maitane Agirrezabala

25 ANS CHEZ ORBEA

Vous avez aussi participé à différentes étapes du secteur. Dans le cas d'Orbea, nous sommes revenus à la spécialisation et à la fabrication artisanale de vélos. Que pensez-vous de ce retour aux origines ?

C'est quelque chose que nous avons déjà fait à d'autres époques, peut-être avec moins de ressources et de possibilités que celles dont nous disposons aujourd'hui. Avant, le client spécifiait aussi la façon dont il voyait son vélo : cadres, montage, etc. Si Orbea est capable de continuer et de moderniser ce service (proposé par très peu de marques), il deviendra très important pour l'avenir de l'entreprise. L'utilisateur qui investit une somme importante dans un vélo veut qu'il soit unique.

Chez Orbea, nous sommes très reconnaissants envers Zeus et nous lui rendons hommage avec une rubrique spécifique…

Oui, la Zone Zeus ajoute une valeur supplémentaire à nos modèles. Un espace exclusif, de haut niveau, où personnaliser le vélo selon le goût du client et avec une finition unique. Il s'agit d'un espace où tout est artisanal, comme avant, sans chaînes de montage ou quoi que ce soit de similaire. Tout est fait à la main et avec beaucoup de soin.

Cristina Fernández de Aranguiz (Service de prévention) et Cristine Remazeilles (Orbea France) avec Pilar

Qu'avez-vous appris pendant ces 25 ans chez Orbea ?

J'ai appris énormément, j'ai passé des moments fabuleux et j'ai été très heureuse. Cela a été un grand projet de vie. Je me suis aussi beaucoup fâché, parce que j'ai du caractère, mais en général ça a été une étape heureuse. Je suis très fière d'Orbea, toutes les personnes auxquelles je dis que je travaille ici me parlent tout de suite d'un vélo qu'ils possèdent ou qu'ils ont possédé dans leur enfance. J'ai été réellement heureuse de travailler chez Orbea, je me considère ici chez moi, c'est toute ma vie.

Orbea, c'est comme une grande famille…

Cette entreprise a toujours été très familiale et proche de ses employés, y compris dans les relations avec les responsables. Je me souviens comment, dans les autres entreprises, il fallait « faire des courbettes » devant les dirigeants, alors que chez Orbea c'était impensable. C'est cette relation de proximité qui m'a le plus surprise, un lien affectif qui dure et qui se transmet au fil du temps. Je pense qu'Orbea établit également cette relation de proximité avec le client. Je l'ai toujours considérée comme mon entreprise, même avant d'y être associée, et un bon endroit pour travailler.

Quels conseils nous donnerais-tu ?

Il y a beaucoup de jeunes bourrés de talent, très motivés et pleins de nouvelles idées. Je suis très étonnée de voir combien de personnes sont passionnées par le vélo, le cyclisme et la marque. Des personnes très expérimentées qu'il faut stimuler et auxquelles il faut donner des opportunités. Il faut les laisser faire des erreurs pour avancer et essayer de nouvelles choses… Il faut prendre des risques !

Pilar danse avec Rafa Agirre de Agirre Kirolak

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